Langues indigènes du Mexique. Traduction et interprétation, situation actuelle

La traduction, mais aussi l’interprétation, sont des moyens de communication primordiaux entre différentes cultures et sociétés. En général, quand on parle de cultures ou de sociétés, on a tendance à penser tout naturellement à celles qui prédominent dans le monde, et à laisser de côté d’autres réalités culturelles minoritaires ou minorisées.

Il existe environ 7000 langues vivantes dans le monde ; et on estime à environ 400 d’entre elles, celles parlées sur le continent américain. Au Mexique, il y a aujourd’hui près de 69 langues nationales, 68 langues étant autochtones. Le Mexique est donc le pays où l’on trouve le plus grand nombre de langues maternelles parlées.

Pourtant, bien que ces langues soient reconnues comme étant nationales, elles n’ont aucun statut officiel ; le castillan espagnol étant la seule langue officielle du Mexique. 

 

Principales langues autochtones du Mexique

 

Nahuatl

Le nahuatl est aussi appelé « Mexicanos » ; c’est une langue appartenant à la famille uto-aztèque, principalement parlée dans la région centrale du Mexique. C’est la langue autochtone la plus parlée au Mexique avec environ 1,6 million de locuteurs, la plupart d’entre eux parlent aussi l’espagnol.

Les origines de cette langue se remontent à l’époque de la splendeur de Teotihuacán (IIe-VIIe siècle apr. J.-C.), bien que l’identité des hommes appartenant à cette civilisation soit encore un mystère. À l’époque de l’Empire aztèque (1325-1521), basé à Mexico-Tenochtitlan, la langue la plus parlée devient peu à peu celle du groupe ethnique dominant en politique. C’est à cette époque que la langue nahuatl acquiert ses lettres de noblesse, avec des œuvres célèbres, comme les Cantares mexicanos.  

Le nahuatl occupe le poste de lingua franca dans la région pendant la période vice-royale, les Espagnols comprenant vite l’importance de cette langue pour certaines taches comme elles que l’évangélisation ; ils choisissent donc de continuer à l’utiliser plutôt que de lui faire subir des changements.

C’est ensuite, pendant l’ère contemporaine et, une fois l’indépendance obtenue par l’État mexicain, que le nahuatl décline brusquement après la mise en place de politiques nationalistes visant à éliminer les langues autochtones au profit de l’espagnol.

 

Langues mayas

La langue maya est une famille de langues parlées principalement dans le sud-est du Mexique, au Guatemala, au Belize et dans la région occidentale du Honduras. Les langues mayas dérivent du proto-maya, dont on retrouve la trace il y a environ 5000 ans.

En Mésoamérique précolombienne, certaines langues de la famille maya sont écrites ; elles utilisent un système de logogrammes et de glyphes syllabiques, ayant des fonctions qui ressemblent celles de l’écriture japonaise. C’est le système d’écriture le plus connu d’entre les cultures amérindiennes.

La famille des langues maya est l’une des mieux documentées et, sans doute aussi, la plus étudiée de toute l’Amérique ; on distingue actuellement 22 langues dans ce groupe. Le maya yucatèque est la langue avec le plus grand nombre de locuteurs du Mexique, c’est-à-dire environ 800 000 personnes ; la deuxième langue la plus parlée étant le tzotzil, une langue parlée dans Los Altos de Chiapas avec environ 400 000 locuteurs. 

Malgré des siècles de domination espagnole, d’exploitation et d’abus contemporains, en particulier pendant le Porfiriato, le peuple maya conserve encore ses coutumes ancestrales.

Zapotèque

Le zapotèque est un macrolangage fait de différentes langues surtout parlées dans la région d’Oaxaca. On estime qu’environ 700 000 personnes parlent actuellement les langues zapotèques du Mexique.

Pendant l’époque précolombienne, la culture zapotèque est l’une des cultures majoritaires en Mésoamérique, celle-ci développant son propre système d’écriture. Il semble que les vestiges découverts sur le site du Monte Albán, surtout les plus récents, soient l’œuvre de villages zapotèques.

 

Mixtèque

Les langues mixtèques sont un ensemble de variétés linguistiques, originaires de région La Mixtèque, une zone culturelle située entre les États de Puebla, Guerrero et Oaxaca, dans le sud du Mexique. Les locuteurs des langues mixtèques représentent la quatrième communauté linguistique autochtone, avec près de 500 000 locuteurs.

 

Otomi

Les Otomi sont un groupe ethnique et culturel originaire de la vallée de Mezquital, l’une des régions de l’État d’Hidalgo. Les locuteurs Otomi sont environ 280 000.

La population parlant les langues otomi a diminué ces dernières années. Cette réduction du nombre de locuteurs otomi étant due à la migration des communautés d’origine et à l’urbanisation de leurs territoires ethniques ; ceux-ci vivant de plus en plus en communauté avec des populations exclusivement hispanophones.

 

Purépecha

Le purépecha est une langue parlée par le peuple Purépecha, vivant dans la région occidentale du Mexique, surtout dans l’État du Michoacán. L’ancien empire Purépecha (XIVe au XVIe siècle), a sa capitale : Tzintzuntzan ; il résiste très bien aux invasions des Aztèques, et conserve son indépendance jusqu’à l’arrivée des Espagnols.

Les caractéristiques linguistiques du purépecha sont nombreuses ; c’est une langue unique, différente des autres langues de la Mésoamérique. La langue purépecha est en effet souvent décrite comme une langue isolée. Bien que conservant de nos jours toute sa vitalité, avec ses 125 000 locuteurs, le purépecha risque de disparaître dans quelques générations si son utilisation n’est pas encouragée.

 

Il existe encore beaucoup d’autres langues autochtones au Mexique : l’uza ou le chichimeca jonaz, dans l’état de Guanajuato, l’huichol ou wixarika, parlées par les peuples de Nayarit et Jalisco, ou le rarámuri ou tarahumara, parlées principalement dans l’état de Chihuahua. Compte tenu de l’espace réduit de cette publication, nous en avons limité la liste ainsi que la description.

Traduction et interprétation des langues autochtones : situation

Etant donné l’énorme diversité linguistique existant au Mexique, il est difficile de comprendre pourquoi le travail de traduction et d’interprétation de ces langues en espagnol, (et vice versa), n’a obtenu que peu de reconnaissance jusqu’à nos jours. Il y a effectivement très peu d’intérêt pour la certification officielle des traducteurs et interprètes spécialisés de ces langues autochtones.

Après la révolution mexicaine, les indigènes sont inclus dans la culture hégémonique de la société et leur langue maternelle remplacée par l’espagnol. Les cultures minoritaires, sont alors considérées comme un frein pour l’intégration du pays, et sont vouées à disparaitre. Aujourd’hui, on observe des progrès considérables en termes d’examens linguistiques pour ces langues et cultures autochtones du Mexique, mais il reste beaucoup du chemin à parcourir.

Les conditions de vie de la population indigène mexicaine ne sont pas parmi les meilleures du Mexique ; certains droits fondamentaux, comme l’accès à l’information, le droit à une défense équitable ou l’accès à la santé, étant entravés par faute d’intermédiaire communautaire pouvant les aider à leur arrivée à l’hôpital.

Pour résoudre ces problèmes, il est urgent de mettre en place une certification officielle, c’est-à-dire la reconnaissance formelle des traducteurs et interprètes de langues autochtones ayant reçu une formation universitaire. L’approche interculturelle devenant ainsi l’élément intrinsèque indispensable de toute activité éducative dans un pays où la diversité culturelle occupe le devant de la scène.

Au Mexique, les relations entre langue dominante et langues minoritaires (ou langues maternelles) sont fondées sur des préjugés, clairement discriminatoires, d’origine historique. L’éducation interculturelle implique donc aussi de s’engager pour lutter directement contre ces préjugés, et de construire de nouvelles bases pour favoriser la coexistence entre tous les membres de cette société.

 

Carlos Sánchez Luis

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