La langue gallego-portugaise et son importance littéraire

Dans nos derniers articles, nous avons parlé de certaines langues historiques nées dans l’Espagne du Moyen Âge, après la transformation et le démembrement progressif de ce que certains chercheurs appellent le « latin vulgaire » (c’est-à-dire la langue latine parlée). Sont inclues dans ce groupe de langues : le catalan, l’asturien, le mozarabe et le castillan. Nous reprenons ici cette thématique pour aborder, dans la publication d’aujourd’hui, l’importance de la langue gallego-portugaise.

 Le gallego-portugais ou galaïco-portugais (également connu sous le nom de vieux galicien ou de portugais médiéval), est une langue romane se développant pendant la période médiévale dans toute la région nord-ouest de la péninsule ibérique allant de la mer Cantabrique au fleuve Douro. L’évolution de cette langue a donné naissance aux langues galicienne et portugaise actuelles.

 

Petite histoire du gallego-portugais

Au Moyen Âge, c’est dans le royaume et territoire de Galice – avec des liens politiques dans le royaume de León – que le gallego-portugais se forme progressivement ; cette langue ne se considérant comme pleinement indépendante que vers le Xe siècle, les premiers témoignages écrits n’apparaissant quant à eux que vers le XIIe siècle. Et c’est précisément au XIIe siècle que la zone sud de ce territoire fait sécession pour former le Royaume du Portugal, un fait matérialisé en 1139, quand le comte Alfonso Henríquez, du comté de Portucalense, commence à prendre le titre de « roi », rompant ainsi les liens qui l’unissaient à la monarchie du León.

Le royaume de Galice, n’a en fait existé en tant qu’entité politique indépendante que pendant une courte période ; entre 910 et 1109 plus précisément, puis la Galice est à nouveau incluse dans le royaume de León (après la mort d’Alphonse VI). La dénomination de ‘Royaume de Galice’, territoire administratif de Castille existant depuis 1230, est conservée sous l’Ancien Régime, jusqu’à son remplacement officiel lors de la réforme administrative espagnole de 1833.

Pendant l’époque médiévale, l’unité linguistique du gallego-portugais est, quant à elle, maintenue, et représentée lors de manifestations littéraires gallego-portugaises en prose et en vers : les troubadours lyriques, sacrés ou profanes, lui conférant une importance toute particulière. Les principaux témoignages linguistiques qui nous parviennent se trouvant surtout dans les documents officiels comme les actes notariés, administratifs et judiciaires. Car c’est à partir de la fin du XIIe siècle que le gallego-portugais remplace progressivement le latin dans les documents officiels alors qu’il est déjà utilisé couramment comme langue orale par les habitants de l’extrême ouest de la péninsule, toutes couches sociales confondues.  

Ecrits en gallego-portugais : les origines

L’un des aspects les plus dignes d’intérêt de la langue gallego-portugaise c’est l’émergence de multitudes de formes littéraires, qui vont ensuite prendre de l’ampleur et de l’importance dans le contexte médiéval en Espagne. Le lyrique gallego-portugais se développant principalement entre le XIIe et le XIVe siècle, pour coïncider avec ce que l’historiographie appelle généralement le Moyen Âge.

La plupart des poètes connus pour leurs écrits dans cette langue sont originaires de Galice et du nord du Portugal, mais de nombreux auteurs provenant d’autres régions de la péninsule ibérique lui font aussi honneur, ce qui montre l’importance du gallego-portugais comme langue culturelle.

Les principaux types de textes lyriques en gallego-portugais trouvent leurs racines dans la littérature des troubadours provençaux. L‘influence provençale se faisant sentir dans la région Portugal-Galice par trois routes principales : la ville de Barcelone, lieu de transit obligatoire pour les contributeurs culturels issus du ‘Midi français’ ; les mariages arrangés entre monarchies espagnoles et princesses occitanes, et, enfin, par le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Types d’écrits en gallego-portugais : les cantigas

Les poèmes lyriques gallego-portugais sont souvent appelés cantigas. Il en existe plusieurs sous-genres bien distincts :

Cantigas de amor

Ils s’agit surtout de la transposition en gallego-portugais du cançó provençal ou composition typique du genre dans laquelle le troubadour s’adresse à sa bien-aimée pour lui faire part de son amour (tradition culturelle de l’amour courtois). Ces cantigas n’ont pas de refrain et sont structurées spécifiquement en ce qui concerne la métrique. Presque toutes les compositions parlent de la coïta (tristesse) du poète, causée par le dédain ou le rejet (sanha) de sa dame, appelée senhor, mot qui à l’époque avait une signification à la fois masculine et féminine.

Cantigas de amigo

C’est un type lyrique n’existant que dans la langue gallego-portugaise, il n’a pas d’équivalent dans la littérature provençale : une femme amoureuse s’exprime (sentiments féminins) par rapport à de situations répétées (pèlerinages, etc.) : absence de l’être aimé. Dans ces compositions, la nature joue un rôle primordial. Ce type de texte faisant partie des textes hispaniques primitifs d’origine populaire, avec les jarchas mozarabes et les chants de Noël (villancicos).

Cantigas de maldizer

Elles ont pour origine le sirventés provencal, une composition poétique typique de la littérature occitane de caractère satirique. Dans ces poèmes, les vices des classes sociales supérieures sont critiqués sur un ton burlesque.

Cantigas de Santa Maria

C’est probablement l’exemple le plus représentatif de la littérature gallego-portugaise. Le manuscrit des Cantigas de Santa María est écrit à la cour du roi Alphonse X le Sage pendant la seconde moitié du XIIIe siècle ; c’est l’un des plus importants recueils de chants monodiques de la littérature médiévale occidentale. Avec son style troubadour et paraliturgique, il est clairement différenciable des poèmes profanes des troubadours du reste de l’Europe et de la musique sacrée de l’époque.

Le manuscrit inclut plus de quatre cents compositions en l’honneur de la Vierge Marie, le roi Alphonse lui-même déclarant dans le prologue de l’œuvre :

E o que quero é dizer loor da Virgen, Madre de nostro Sennor… e por aquest seu quero seer oy máis seu trobador e rogó-lle que me queira por seu trobador e que queira meu trobar receber…

[Et ce que je veux, c’est louer Notre-Dame, la Mère de notre Seigneur… Et pour cette raison, je ne veux être que son troubadour aujourd’hui, et je prie pour qu’elle m’accepte comme son troubadour et daigne recevoir mes vers.]

La paternité directe du roi Alphonse X de Castille (1221-1284) pour certains de ces textes n’a pas pu être prouvée mais sa participation est, elle, inéquivoque.

On distingue deux groupes distincts de Cantigas de Santa María : les récits avec des histoires et miracles dûs à la Vierge, et les compositions lyriques, qui incluent des poèmes plus sérieux, profonds, presque mystiques, dans lesquels au lieu de louer les miracles de la Vierge, le compositeur réfléchit à sa personne, comme s’il s’agissait d’une prière.

Le galicien et le portugais ont donc pour langue d’origine commune : le gallego-portugais, -une langue ayant marqué le contexte médiéval hispanique d’un point de vue culturel en particulier. Les professionnels FAST.txt vous proposent des contenus d’intérêt pour vos publications ainsi que les meilleurs traducteurs en galicien et portugais. Pour traduire tous types de documents dans l’une de ces deux langues, n’hésitez pas à contacter FAST.txt.

Carlos Sanchez Luis

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