Le tagalog est la langue majoritaire des Philippines. Le nom « tagalog » proviendrait de l’endonyme taga-ilog, qui signifie en tagalog « habitant » ou « natif de la rivière ». Le vieux tagalog est l’une des langues centrales des Philippines, appartenant à la famille des langues austronésiennes, et plus précisément au sous-groupe des langues malayo-polynésiennes.

Le tagalog et la réalité linguistique des Philippines
Malgré la réalité multilingue des Philippines, où plus de 170 langues et dialectes différents sont parlés, seuls l’anglais et le tagalog ont le statut de langue officielle. Le tagalog est parlé par plus de 50 millions de personnes aux Philippines, bien qu’il soit surtout utilisé dans la région nord de Luzon, où se trouve la capitale, Manille. Le cebuano, qui fait également partie de la branche malayo-polynésienne de la langue, est parlé principalement dans la partie la plus méridionale de l’archipel, et compte quelque 20 millions de locuteurs dans le pays (en effet, jusque dans les années 1980, le cebuano était la deuxième langue la plus parlée du pays, dépassant le tagalog). Les autres langues importantes du pays sont l’Ilocano, l’Hiligaynon, le Samareño et le Chabacano. Le chabacano est une langue créole parlée principalement dans la péninsule de Zamboanga, au sud-est des Philippines. Chabacano est un mot d’origine espagnole qui signifie « vulgaire » ou « grossier ». Pendant la période coloniale, il était utilisé pour désigner l’espagnol parlé dans les milieux populaires ou dans la rue, le différenciant ainsi de l’espagnol parlé par les élites.

Histoire de la langue aux Philippines : Qu’est-il arrivé à l’espagnol ?
Originaire d’une péninsule éloignée à l’extrême sud-ouest de l’Europe, l’espagnol est devenu, des siècles plus tard, la langue officielle et la langue de culture de la région éloignée d’Extrême-Orient des îles Philippines. Toutefois contrairement à d’autres régions comme Cuba ou Porto Rico, il est très peu probable que vous rencontriez aujourd’hui un Philippin dont la langue maternelle est l’espagnol. D’ailleurs, les Philippines sont un pays aux racines hispaniques où l’on ne parle pas espagnol, mais pourquoi ?

Lorsque l’on étudie les causes possibles de la situation actuelle de l’espagnol aux Philippines, il faut tenir compte d’un fait important – et généralement ignoré – à savoir que l’espagnol en tant que tel n’est pas mort aux Philippines, car il n’est jamais devenu la langue du peuple philippin. Il ne l’était pas en raison de deux facteurs principaux qui ont conditionné la situation des Philippines et l’ont différenciée du reste du monde colonial espagnol. D’une part, en raison de la dispersion géographique du territoire et des difficultés liées aux voyages transocéaniques, la présence espagnole dans l’archipel a toujours été très limitée par rapport aux autres territoires de la Couronne. D’autre part, les Espagnols n’ont jamais cherché à supprimer la réalité multilingue du territoire ; au contraire, ils l’ont respectée et s’en sont approchés : les missionnaires ont trouvé beaucoup plus utile d’apprendre les langues indigènes et de prêcher dans ces langues que d’essayer de faire apprendre l’espagnol correctement aux habitants natifs des Philippines. Ainsi, l’influence espagnole était évidente dans certains aspects culturels tels que la religion, mais pas dans la langue ; l’objectif était plus de « christianiser » que d’« hispaniser ».
Aux Philippines, l’espagnol a toujours été la langue des élites, la langue de la culture utilisée dans les universités et les cercles créoles. La montée de l’espagnol en tant que langue de culture aux Philippines a été particulièrement évidente pendant l’ère révolutionnaire, avec des personnages aussi célèbres que José Rizal ; en effet, la première Constitution de la République philippine de 1899 a été rédigée en espagnol. Cependant, lorsque les Américains ont pris le contrôle politique de l’archipel, l’anglais a progressivement remplacé l’espagnol comme langue culturelle et administrative.

Le tagalog et l’espagnol
Le fait que le tagalog et l’espagnol aient coexisté pendant tant de siècles signifie que les deux langues ont eu une influence réciproque. En ce qui concerne le tagalog, on estime qu’un tiers de son vocabulaire est d’origine espagnole ;dans la plupart des cas, les mots tagalog influencés par l’espagnol font référence à des objets inconnus des habitants autochtones jusqu’à l’arrivée des Espagnols : silya (chaise), kutsara (cuillère), hustisya (justice), etc. D’autre part, on trouve aussi dans notre langue quelques mots d’origine philippine, comme abaca (abaca), paipay (paipay), salacot (salacot), etc.

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Carlos Sánchez Luis